Enghien-les-Bains | 94
Née d’une volonté d’agir concrètement, une association se consacre à la création de forêts, d’espaces de biodiversité et à leur protection sur le très long terme. De l’achat foncier à l’entretien des arbres en passant par la plantation et la recherche de financement, la structure s’appuie sur des relais locaux, des particuliers, séduits par l’aventure…
Effondrement de la biodiversité, dérèglement climatique, les constats sont certes forts et depuis bien longtemps pour le couple Florence Massin et David Buffault, mais ce sont deux événements marquants qui vont les amener à agir concrètement : « il y a eu la démission de l’ancien ministre de la transition écologique Nicolas Hulot en 2018, où l’on s’est dit si même lui ne peut rien faire, c’est à nous de faire quelque chose. A un autre niveau, notre voisin a fait couper deux arbres centenaires pour réaliser une piscine et donner de la plus-value à sa maison… » raconte David Buffault, fondateur de l’association Semeurs de forêts avec son épouse Florence Massin.
Objectif : créer des forêts sanctuaires …
L‘association « Semeurs de forêts » est donc née en 2019 avec l’objectif d’acheter des terrains non-constructibles ou en jachère en France, d’y établir des refuges naturels où les arbres ne seront pas coupés et la faune n’y sera pas chassée : « Après avoir fait quelques recherches d’associations, il n’ y avait pas celle qui correspondait à notre projet qui n’est pas de planter des arbres uniquement, mais de créer des écosystèmes, de les protéger de l’exploitation humaine avec une vue à 100 ans et plus… C’est ce que prévoit notre association ».
De la réflexion…
Tous deux quadragénaires, thérapeutes, ils ne connaissent pas grand-chose à la forêt lorsqu’ils démarrent ; ils lisent, se forment notamment auprès de l’école Miyawaki et finalement optent pour l’adage c’est en faisant que l’on apprend : « Si on attend d’avoir la connaissance pour faire, on ne fait bien souvent rien ou trop tard… Bien sûr, il y a des erreurs, et l’expérience permet de nouvelles orientations, comme celle de se détacher pour nous de la méthode japonaise, très intéressante, mais plus adaptée aux mini-forêts, ce qui ne correspondait pas au final à notre projet tout en retenant de cette technique, la pluralité des essences locales ».
… A la mise en place
Dès la première année de sa création, le premier terrain d’une surface de 1,4 ha est acquis par l’association sur la commune de Juvignies (94), près de là où vivent les fondateurs pour un montant dépassant les 20 000 €. La somme est obtenue à partir d’un prêt des fondateurs à l’association conjugué à la mise en place de prêts participatifs et l’appel aux dons… « En un an et demi, l’association rembourse les prêteurs. La communication a bien marché, les dons ont commencé à arriver et en fait aujourd’hui on fonctionne plus par les dons et le mécénat, notre message : donner pour planter».
L’association reconnue d’intérêt général, les dons ouvrent droit ainsi à une réduction d'impôt. Actuellement, les dons représentent ainsi un tiers de l’apport financier, le reste étant constitué par le mécénat. David Buffault précise : « Nous ne rentrons pas dans le processus de compensation carbone. Pour nous, détruire quelque chose et le reconstruire ailleurs n’est pas possible. De même nous sommes attentifs au greenwashing des entreprises, mais nous savons identifier cette démarche.»
Le projet se veut toujours participatif
Chaque projet d’achat de terrain, qui aujourd’hui doit avoir une surface de 2 hectares minimum, s’appuie sur un ancrage local, un bénévole qui souhaite participer à l’aventure de créer des forêts : « Tout est plus simple avec ce fonctionnement, que ce soit dans la recherche du terrain, les démarches y attenantes, le financement ou l’équipe qui viendra faire les plantations et qui en assurera l’entretien. La méthode se veut rapide et directe, chaque bénévole constitue son équipe avec famille, amis et l’asso communique sur les réseaux sociaux ». Bien sûr, l’association est présente et s’assure au préalable du prix du marché, de l’absence de servitudes (ex : lignes électriques) et du voisinage afin de savoir si la libre évolution de la nature, valeur essentielle de la structure, n’amènera pas de perturbation aux alentours ». Rappelons que ces forêts dites sanctuaires ne sont pas conçues comme des forêts d’agréments, de promenades, d’activités. Une fois les plantations achevées, les chemins ne sont pas entretenus, la nature est libre d’y reprendre sa place et la chasse y est interdite.
Le choix de plants locaux… à partir de semis locaux
Les plantations se faisant en octobre-novembre, auparavant Florence Massin (auteur -d’un ouvrage pédagogique « Semeurs de forêts ») mène une étude du sol et dresse une liste des plantes indigènes locales. Environ une trentaine d’essences, uniquement des feuillus, sont plantées sur les terrains en portant attention aux différentes strates de végétation. Ici aussi, la procédure mise en place est identique : « Les plants achetés sont labellisés “végétal local“ par l’Office Français de la Biodiversité, ce qui signifie que les plants sont issus de graines collectées par des semenciers ou pépiniéristes locaux ».
Une aventure qui veut rester légère et agréable
En 7 ans, Semeurs de forêts a acquis une dizaine de terrains situés sur 8 départements (16, 27, 49, 79, 94…) représentant une surface de 60 hectares ; la prochaine acquisition est prévue du côté de Toulouse.
L’objectif de l’association n’est pas de se développer sans cesse, comme le souligne en conclusion notre interlocuteur : « C’est avant tout une aventure humaine qui veut rester légère et agréable pour ceux et celles qui en font partie.»
Les trois coups ! Selon David Buffault
> Coup de chapeau : « Aux premières entreprises qui nous ont suivis, parfois petites, des entrepreneurs convaincus qui viennent parfois nous donner des coups de main pour l’entretien comme samedi dernier …»
> Coup de main : « participer à “semeurs de forêts“, rejoindre les relais locaux ou devenir un relais local, si on a envie de partager le même projet… quant à l’asso, elle le donne un coup de main en créant des îlots de biodiversité et des puits de carbone ; cela profite à tout le monde.»
> Coup de projecteur : « sur le documentaire “le vivant qui se défend“ que l’on peut trouver sur YouTube. C’est l’histoire d’un activiste qui va sur de nombreux lieux de résistance, et se rend compte que la confrontation l’épuise … il va petit à petit vouloir trouver un équilibre en ayant une démarche naturaliste… c’est la découverte, l’envie d’apprendre qui le fait cheminer, nous nous y sommes retrouvés, car nous ne sommes pas des militants.»
Semeurs de forêts : https://semeursdeforets.org






